#EDUCATION : rencontre avec les minorités ethniques du centre Vietnam

Grâce à l’association Enfants d’Asie Vietnam, j’ai pu partir à la rencontre des minorités ethniques du Centre Vietnam et voir de nombreux projets d’accueil et d’éducation d’enfants défavorisés. Ce fut réellement une semaine incroyable à sillonner les montagnes et visiter les pensionnats que soutient l’association, avec l’aide de leur partenaire local, les religieuses de la congrégation des Filles de Marie Immaculée. Les soeurs ont été merveilleuses; elles ont un coeur d’or…et un fabuleux sens de l’humour. Elles font surtout un travail remarquable auprès de ces enfants.  

 

Après Ho Cho Minh puis les villages du delta du Mékong, j’ai découvert les hauts plateaux du centre Vietnam, Pleiku et Kontum et les enfants issues de minorités ethniques diverses : Jaraï, Banhar, Rongao…. Les enfants sont magnifiques, plein de vie et d’espoirs.

Les minorités ethniques représentent au Vietnam les populations les plus démunies et exclues, certaines ne parlant que leur dialecte. Beaucoup de familles sont trop pauvres pour permettre d’envoyer leurs enfants à l’école : les frais sont trop importants, l’école trop éloignée de leur village, et les parents ont souvent besoin de les avoir à la maison pour travailler.

Grâce à l’association Enfants d’Asie et ses donateurs, des centaines d’enfants peuvent aujourd’hui aller à l’école et rêver à un avenir meilleur.  Les dons permettent de parrainer des enfants individuellement mais aussi collectivement, avec un accueil et suivi dans des pensionnats : de nombreux enfants peuvent ainsi être logés près d’une école, suivre une scolarité puis bénéficier de l’encadrement, des cours de soutien et des activités du pensionnats.

 

On sent tout de suite en y allant que l’endroit est pour eux  un vrai «  cocon » protecteur et rassurant, une nouvelle famille, un endroit où s’épanouir ; c’est une vraie chance pour ces enfants…on aimerait pouvoir les aider tous (beaucoup de parents viennent demander de l’aide pour leurs enfants, malheureusement les pensionnats ne peuvent pas tous les accueillir, et les financements manquent).

 J’ai pu visiter 6 pensionnats lors de mon séjour. Les enfants nous ont réservé à chaque fois un accueil incroyable. Ils avaient préparé des chansons, des danses traditionnelles Jaraï, des mots de bienvenue en français ou anglais…c’était vraiment touchant. Beaucoup de filles, surtout des filles, ce sont celles que l’association aide en priorité.

 

Elles sont souvent timides, peu habituées à voir des étrangers, puis petit à petit s’ouvrent, rient beaucoup et communiquent. Après quelques phrases d’anglais, je leur ai appris des chansons en français (c’est incroyable à quel point les enfants apprennent vite ; en 15 minutes on chante déjà Frère Jacques ...et en canon ! alors que les enfants ne parlaient avant pas un mot de français..). Les filles Jaraï sont très douées en musique et en danse, j’ai donc appris avec elles à danser la danse traditionnelle Jaraï. Et de mon coté, je leur apprend à faire une ronde en chantant « sur le pont d’Avignon »: toujours un succès !

 

J’ai pu constater à quel point ces filles sont appliquées et sérieuses. Elles ont conscience de la chance qu’elles ont d’être aidées; ce sont souvent les seules de leur famille à faire des études secondaires. Elles veulent être professeurs, nonnes ou infirmières ; et elles travaillent dure.  Beaucoup d’entre elles viennent de familles très pauvres, on le voit aux vêtements, à leur condition physique ; mais elles sont toutes intelligentes, volontaires et gaies. Il y a une lumière dans leurs yeux.

Je pense souvent à nos enfants en France, beaucoup plus dissipés, chahuteurs, bien trop gâtés, qui rechignent à aller à l’école ou faire leurs devoirs. Cela paraît effectivement normal à un petit français d’aller à l’école, avoir de beaux cahiers et livres, prévoir de faire des études et de rêver à un métier. Ici, c’est un privilège, un cadeau, une chance qu’on ne laisse pas passer.

 

Les petites filles tiennent leur cahier et leur crayon comme un trésor et notent tout ce que je leur écris au tableau scrupuleusement, pour surtout ne pas en perde une miette. Elles ont soif d’apprendre et savent déjà très tôt que c’est la seule solution pour avoir un avenir ici.

 

L’éducation des filles est une priorité dans les zones rurales. Soeur Bong m’explique que les filles sont beaucoup plus désavantagées que les garçons ; « il faut les aider ». Je sens dans ses yeux à quel point cela la touche ; elle m’expliqua donc la situation… que l’on ne soupçonne pas toujours dans un pays comme le Vietnam. Dans les campagnes, les filles restent effectivement défavorisées par rapport aux garçons. Elles abandonnent rapidement l'école – seules 57 % des filles fréquentent l'école secondaire - pour accomplir les tâches domestiques et participer aux travaux des champs. Adolescentes, ces jeunes filles qui n'ont pas fait d'études ni appris un métier doivent quitter leur village pour chercher du travail dans la grande ville voisine. Elles deviennent alors domestiques, employées de bar, serveuses dans des restaurants ou des "dancings", autant de métiers qui les rendent vulnérables à la prostitution.

 

Lorsque j’ai interviewé des étudiantes du pensionnat de Ho Chi Minh, une phrase d’une des filles m’a beaucoup marquée. J’ai pris conscience tout un coup de l’importance de les aider. Thao, une des étudiante parrainée m’explique à quel point elle est reconnaissante de l’aide d’Enfants d’Asie ; grâce à cette bourse, elle peu aller à l’université, apprendre un métier et aider sa famille. Elle a pris confiance en elle et se sent capable aujourd’hui d’accomplir des choses.

Et puis après un instant, elle me regarde intensément et me  dit «  je ne veux pas devoir épouser un coréen ». Je lis à cet instant de l’effroi dans les yeux de toutes. Je ne comprends pas. Sœur Beatrice à côté de moi m’explique alors qu’ici de nombreuses filles des campagnes n’ayant pas reçu d’éducation sont fréquemment l'enjeu de trafics internationaux : environ 1.000 jeunes filles par mois sont " vendues " entre 300 et 500 $ à de riches taïwanais, coréens, chinois. Elles vivent alors l'enfer : esclaves dans leur nouvelle famille, elles deviennent la femme d'un mari généralement très âgé ou handicapé.

C’est ce que voulait me dire Thao : elle avait peur, comme beaucoup de filles des villages, d être vendue par ses parents à un vieil homme riche et malveillant.

 

Je réalise à quel point les bourses sont importantes pour ces filles et à quel point le travail d’association comme Enfants d’Asie est indispensable. Quand vous parrainez, pour quelques euros par mois, un enfant d’Asie, vous l’aidez non seulement à aller à l’école, se construire un avenir en apprenant un métier….mais vous sauvez aussi peut être une petite fille d’une vie d’esclave dans une famille en Corée ou Taiwan, vous sauvez peut être une petite fille d’une vie de prostitution, de violence…de l’enfer.

 

Alors si vous voulez les aider, parrainez un enfant : c’est peu d’argent pour vous, c’est beaucoup pour eux.

http://www.enfantsdasie.com/fr/le-parrainage

 

 

Alice Vivian, août 2012 – Vietnam   - Photos @Alice Vivian