#SERENDIPITY : rencontre avec le peuple Tacana

Il y a quelque chose de spécial ici, en Amazonie orientale, quelque chose qui me pousse à vouloir rester, je ne sais quoi et pourquoi, une énergie, une force, ma fascination pour les traditions et rituels indigènes, la magie de cette jungle qui nous entoure. La nature est partout, sauvage, puissante, elle régit les croyances, les rites, aide à la guérison du corps, de l’esprit et de l âme. Les étoiles aussi sont incroyables, je n’ai jamais vu un ciel aussi magnifique. Je passe des heures le soir à regarder la voie lactée.

Après plusieurs jours de trek dans la jungle pour découvrir la faune et la flore, je voulais découvrir et connaître les gens qui y habitent, en savoir plus sur les peuples indigènes, et notamment sur le peuple Tacana qui se trouve autour de Rurrenabaque.  Restait à savoir comment.

Mi amigo Nicolas, venant lui même des Tacanas et travaillant pour l’agence d’éco-tourisme avec laquelle j’étais partie dans la jungle, me propose de m’emmener dans les communautés voisines ; ce sont ses amis, sa famille, et il est touché que je puisse être intéressée par leurs conditions de vie (les touristes ici vont uniquement voir le jungle et les animaux). Il me dit qu’il aimerait trouver un moyen de les aider, de créer un circuit d’ethno- tourisme qui permettrait  de proposer des visites de ces villages et de générer des revenus pour ces communautés. Je vais essayer de l’aider et réfléchir avec lui à la manière dont pourrait être organisé une aide à leur développement.

Nous voilà donc partis en moto sur les chemins sauvage et boueux (il faut avoir le coeur et l’estomac bien accrochés….les routes sont épouvantables)

Visites de la communauté de Bella Altura : je rencontre la famille Guari

Ils nous accueillent avec beaucoup de gentillesse et de timidité, nous font visiter leurs habitations: des cabanes en bois aux milieux des herbes folles et des coqs. Les conditions de vie sont précaires ; ils ont pourtant l’air si tranquilles. Le père de famille m’explique qu’il a très peu de matériel pour travailler ; il vit de ces quelques objets qu’il fabrique (coupelles en bois, bijoux..), qu’il a bien du mal à vendre. Pendant qu’il me parle, je le vois travailler un bol en bois, muni d’un très mauvais couteau, il n’a que ça, pas de lime, pas de papier de verre, c’est long et le résultat plus grossier que ce que je vois sur les marchés. Cela me fait de la peine, il ne lui faudrait pourtant pas grand-chose, quelques outils et quelques conseils pour les vendre en ville.

La mère de famille fait du tissage, mais ne sait pas non plus comment vendre. Ses problèmes de santé la limite, l’accès aux médecins n’est pas facile, et il n’y pas de Shaman dans cette communauté pour les guérir. Elle a déjà failli perdre une de ses filles,  encore souffrante, mais « Es la vida » me dit elle en souriant.

Ils sont touchant.

 

Communauté de Buena Vista : rencontre avec Lourdes

Lourdes est une femme forte, courageuse et travailleuse. Je l’ai tout de suite aimé. Elle vit avec ses deux filles et petits enfants. Sa dernière fille n’a que 17 ans mais a déjà un enfant, et est à nouveau enceinte ; le père est parti nous confie Lourdes ennuyée, comme le premier. Ici pas de contraception et l’avortement est inenvisageable ; les filles sont mère très jeunes, trop jeunes, il est difficile pour elles de pouvoir étudier, alors elles aident leur mère aux diverses tâches du foyer. La deuxième fille doit avoir 20 ans, elle vient s’asseoir avec nous, j ai du mal à la comprendre, elle est pieds nus, ses jambes sont abimées de partout, je crois qu’elle a un léger handicap mental. Elle aussi un enfant, la encore, pas de père, que se passe-t-il dans cette famille ? Quant au mari de Lourdes, je ne sais pas s’il est décédé, parti, je n’ose pas demander…

Lourdes nous prépare un repas, m’apprend à tisser (je ne suis décidemment pas assez patiente pour cela…) et me raconte des choses sur son métier. Pour vivre, elle fabrique des sacs et des ceintures, une très jolie méthode de tissage artisanal. Elle essaye depuis un certain temps de créer une organisation de femmes pour développer les métiers du tissage ; « à plusieurs ont est plus fortes » me dit elle. Mais la tâche est difficile, les femmes manquent de moyens pour acheter des machines, manquent d’organisation et de soutien, et surtout de compétences commerciales. Si elles savent faire de très belles choses de leur main, Lourdes m’avoue qu’elles sont incapables d’aller sur des marchés pour les vendre, elles ont peurs, ne savent pas. La encore, il y aurait tellement de solutions pour les aider. Au-delà de participer à un programme d’ethno-tourisme, c’est surtout des modèles de microcrédits et d’enseignement qu’il faudrait à ces femmes, une manière de les rendre indépendantes et de développer de meilleurs revenus. Mais il leur faut du soutien et leur redonner de l’espoir, car si les régions du sud sont aidées par de nombreuses fondations et organisation, en Amazonie les aides sont quasi inexistantes. 

Acteurs du social et spécialistes du microcrédit, à bon entendeurs, il y a ici de choses à faire.

 

Mailin ne quitte pas sa grand’mère, c’est une petite fille magnifique, vive et gaie. Je me demande comment sera sa vie de femme dans 15 ans, si les conditions se seront améliorées et si elle pourra avoir un métier.

Ces grands yeux noirs rieurs me donne de l’espoir.




Alice Vivian, février 2012 – Bolivie, Amazonie  - Photos @Alice Vivian